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Joseph Ndiaye de Gorée, Obama et le Mahdi

«Vox populi, vox Dei» dit l’adage ; la voix du peuple, c’est la voix de Dieu, l’expression de la divine volonté. L’humanisme grec a, dit-on, sur les bases de cette assertion, érigé un des plus nobles idéaux philosophiques et politiques de l’histoire : la Démocratie. Mais, la conceptivon grecque antique censitaire du suffrage est, à la pratique, fort éloignée du divin. Alors qu’Il leur promet Son royaume, sans voix, les métèques et les esclaves étaient exclus de la scène politique et sociale hellène. Les révolutionnaires maçonniques du siècle des Lumières, héritiers de la Renaissance nourrie à la source grecque antique, dit-on, ont paré La Belle Dame des habits de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité. Sauf que la raison économique dominante, même révolutionnaire, corrompt le troisième principe ; et, pas de fraternité, point d’égalité et la liberté est compromise.

L’égalité naturelle suppose l’identité, l’identité d’essence, de nature. Tous d’un même père, Adam, nous jouissons naturellement des mêmes droits humains. L’égalité est une égalité de droits ; l’égalité dans la faculté d’exercer
des droits quantitativement égaux et qualitativement identiques. La liberté originelle humaine est l’héritage naturel de tout adamique.

Mais, lorsque le Dieu de justice maudit iniquement Canaan, innocent de la faute déclarée de Cham, et lui calcine pénalement, jusque dans les gênes, l’épiderme, l’enfant du frère damné de Sem et Japhet perd tout droit à la paternité. Plus reconnu du deuxième père de l’humanité, l’ancêtre nègre et sa descendance perdent, naturellement, toute humanité ; plus des humains, ils ne peuvent plus prétendre à l’originelle liberté adamique ; la liberté humaine nochaïque asservit le Noir. Le Nègre peut, dès lors, être librement privé de liberté, de sa liberté. Esclave de ses frères d’antan, le Chamite est, alors, condamné à s’occuper, asservi, de la vigne des enfants de Sem et Japhet plutôt que de la sienne ; même si un tel scénario, visiblement mal ficelé, omet d’expliquer pour quelle moindre faute à expier, et à quel degré, la descendance de Japhet est génétiquement de couleur nuancée, ambrée : moins sombre que celle des Chamites, mais moins claire que celle des Sémites.

Ils ont concocté diverses formules, assimilant la partie au tout. Ce que veut la majorité légale c’est ce que veut la totalité du peuple, c’est, donc, ce que Dieu veut ; même à l’encontre de la moitié de l’humanité dont la volonté est, par ailleurs, paradoxalement celle de Dieu : « ce que femme veut, Dieu veut ». A croire qu’Il ne sait pas ou, plutôt plus, tout à fait ce qu’Il veut, en définitive, ce dieu de justice raciste et misogyne ! Un dieu plutôt humain par ses tares.

C’est vrai qu’Il ne change rien en un peuple, tant que ses âmes ne s’investissent pas, au préalable, dans leur propre métamorphose. Mais, lorsque s’investit une communauté humaine dans le changement, Il l’accompagne. Néanmoins, Il n’en est pas, pour autant, à l’homme, au service de l’homme. Oublieux, nous avons perdu de vue qu’Il n’est pas à nous mais, qu’à l’opposé, nous sommes à Lui, nous avons le devoir de Le servir. Il est ; nous, nous
ne sommes pas mais, sommes de Lui et à Lui. Il a Sa volonté propre qui, lorsqu’elle croise la notre, l’assujettit. Cette volonté, Il la propose à la communauté humaine, l’abroge ou la rappelle, à Sa guise, sans contrainte aucune, par la voix de Ses élus, les prophètes chargés de mission.

Du sein des hommes, Il a choisi les messagers et les a distingués. Il a investi Sa confiance en ces élus pour guider Son peuple, avec amour, justice et équité, après avoir spirituellement paramétré, formaté, leurs âmes pré-adamiques. Parmi les familles de cette élite, Il a privilégié celles de Noé et Abraham, leur réservant, à un moment de l’histoire, l’exclusivité de l’accès au Livre et à la prophétie. Il a ensuite honoré le Sémite par l’élévation à la qualité exclusive de nation. Comme telle, le patriarche est le père des nations, de toutes les nations ; les multiples nations élues qu’Il a constellées d’une myriade d’étoiles messagères, lanternes domestiques au sein de la nuit des nations ; dernière partie de la longue nuit de l’odyssée religieuse. En tout lieu, la spécificité tribale, clanique, fut régulièrement privilégiée. Primitivement locaux, ces élus étaient avec constance émis du sein d’une patrie et mandatés restrictivement dans ses limites génétiques, son espace national.

Finalement, Il a suscité Ahmad, d’abord étoile, du sein d’une nation primitivement rejetée, Ismaël, et exclusivement vers elle même ; puis, Il l’a élevé, hors des familles, clans, tribus, nations et peuples, au dessus de toute l’humanité. Il l’a embrasé en cet astre sans pareil, le distinguant éminemment parmi ses pairs. Il en a fait l’unique prophète universel dans tous les sens du terme ; même celui généralement insoupçonné du genre de prophète.

Il a béni des contrées en orient, comme en occident. Il a sacralisé des divisions du temps : des siècles, des années, des mois, des jours-dont vendredi-, des moments du jour et, tiens!, même une nuit, celle du Destin.

Quelque fois, méandre d’une insondable sinuosité, Sa voix emprunte des voies inattendues, surprenantes. Peu soucieuse des couleurs, des formes, de l’opulence ou de la misère, qu’elle a pourtant voulues et suscitées, elle ne tient qu’à son souverain « sois ! » existenciateur. C’est la voix citoyenne d’une grande démocratie où, naguère, le ton nocturne de la peau scellait misérablement un destin, enchaînant scandaleusement une liberté solennellement proclamée au fond d’obscures ténèbres de geôles d’un piteux silence, et où le fils d’un authentique nègre d’Afrique est porté à la magistrature suprême. C’est là, croit-on, dans l’indifférence ou l’ignorance, la plus haute distinction contemporaine d’un Chamite. Que non !

C’est la voix rauque, chaude et pathétique d’un nègre octogénaire, éteinte un vendredi à l’île martyre, un siècle après celle de son maître ; son maître, maître de son temps, élu méprisé des méprisés de la trilogie senghorienne de la souffrance, mais élu, également parti vendredi ; une voix nègre, rappelant étrangement les compagnons du Prophète et de Marie, et qui, aujourd’hui, repose, lumière silencieuse près du Messie ; une voix militante mais sereine, sans
rancune ni rancoeur, ayant prêché un quart de siècle durant, pareille à celle de son guide, contre la plus odieuse horreur de l’histoire. Voix progéniture d’un ange noir, Michelle, dont la mémoire fidèle a croisé et reconnu, un jour, à Gorée, la tonnante et immaculée voix noire, tout de blanc drapée, l’Élu. Si la voix de Dieu était celle des hommes, les hommes l’auraient, comme elle, divines preuves à l’appui, reconnue et, comme elle, ils lui auraient certainement fait allégeance : Vox Dei non est vox populi !

Dugâ Mady Macalou Cissé

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